Il n’y a que le corps
Rien de ce que vous vivez, de ce que vous expérimentez, de ce avec quoi vous entrez en relation n’existe en dehors de votre corps. Votre corps est la condition sine qua non de toute l’existence que vous connaissez.
Je ne dis pas qu’il n’y pas une réalité indépendante de votre corps, je dis que vous ne la connaissez pas, vous ne l’expérimentez pas. Le corps est le seul canal sur lequel vous pouvez compter pour vivre, déjà, et accéder au vivant.
Et votre esprit me direz-vous ? Voilà l’erreur fondamentale, « L’erreur de Descartes » pour reprendre le titre du livre de Damasio, professeur de neurosciences. Descartes, et le monde occidental dans sa grande majorité après lui, séparent le corps de l’esprit. Pourtant il n’en est rien, le corps et l’esprit sont une seule et même chose, faits de la même substance vivante et consciente. Vous n’êtes pas un esprit dans un corps, vous êtes un être sentant. Ou un corps pensant. C’est la même chose, c’est une seule et même chose.
L’esprit est l’outil de mise en forme, de traduction du vivant corporel. Votre esprit donne la forme de votre corps, littéralement. Et votre corps alimente votre esprit. Sans le corps il n’y a aucune stimulation possible de l’esprit. Simplement par que c’est la même chose.
Les fantasmes transhumanistes de transférer l’esprit d’un être humain dans une machine ou même un autre corps n’ont aucun sens : on ne peut séparer le corps et l’esprit, comme on ne peut séparer la Venus de Milo du marbre dans lequel elle est sculptée.
Vos pensées sont comme les bulles qui éclatent à la surface de l’étang : elles prennent leur origine dans les profondeurs. Chacune de vos pensées est liée à un état corporel. Vous pouvez en faire l’expérience : quand une pensée désagréable surgit, au lieu de focaliser dessus dirigez votre attention sur votre corps à la recherche de la sensation corporelle inconfortable. Si vous vous concentrez sur la pensée, une autre viendra prendre sa suite en rapport avec la première, alimentant en retour l’état corporel correspondant, qui générera d’autres pensées. Ce sont les fameuses boucles mentales dans lesquelles nous sommes régulièrement pris. Si vous portez votre attention sur le corps les pensées se calment et le corps s’apaise aussi, évidemment.
Il n’y a que le corps, dont l’esprit fait partie, mais nous avons tous appris à nous enfermer dans l’esprit. Résultat : nous avons perdu le contact avec le corps, le vivant de nous-même. Nous disons que nous avons un corps alors que nous sommes ce corps.
Renouer avec la conscience corporelle c’est redevenir vivant, c’est apprendre à s’aimer, non pas conceptuellement mais physiquement, c’est retrouver le chemin de la puissance et de la joie.
Vivant, aimant, puissant, joyeux sont des synonymes dans le vocabulaire du corps.